Bonjour et merci de prendre le temps d’être avec nous, aujourd’hui, alors que nous expliquons les prochaines étapes à franchir pour mettre fin à la violence perpétrée envers les femmes, les filles et les personnes de diverses identités de genre autochtones au Canada.

Mais avant de parler de notre plan d’action, c’est avec beaucoup de chagrin et le cœur très, très lourd que nous avons appris la découverte des restes de 215 enfants autochtones enterrés sur le site d’un ancien pensionnat, à Kamloops, en Colombie-Britannique.

Un si grand nombre de ces enfants avaient été considérés comme manquant à l’appel ou tués, violés, torturés ou morts de faim. Comment une chose pareille peut-elle avoir eu lieu ans un pays comme le Canada?

Le génocide culturel déclaré par la Commission de vérité et réconciliation et l’Enquête nationale est réel. Nous sommes ici aujourd’hui pour parler d’un plan national d’action pour des femmes disparues et assassinées, ce qui fait également partie du génocide qui se perpétue.

Le génocide n’est pas terminé.

Nous sommes à deux jours du deuxième anniversaire de la publication du rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Il y a deux ans que les commissaires de cette enquête ont publié leur conclusion selon laquelle la violence qui nous vise et qui vise nos sœurs des Premières Nations, nos sœurs métisses et nos sœurs inuites est un génocide.

Deux ans se sont écoulés depuis que les commissaires ont publié leurs deux‑cent‑trente‑et‑un (231) appels à la justice.

Pourtant, comme nous le savons tous, très peu de choses ont changé.

Le Plan d’action national qui était réclamé dans le tout premier appel à la justice – un plan dont les commissaires disaient que tous les gouvernements du Canada doivent l’élaborer en partenariat avec les peuples autochtones – ne s’est pas encore matérialisé.

Et nous ne sommes pas plus en sécurité maintenant que nous l’étions il y a deux ans.

Alors, nous prenons la situation en mains.

Nous ne pouvons pas attendre que les autres commencent leur travail et que les autres agissent pour mettre fin à la violence. Nous ne pouvons pas attendre pour entamer le processus de guérison pour les femmes autochtones qui sont forcées de vivre dans la peur et qui, même aujourd’hui, sont assujetties au racisme et à la discrimination qui résultent directement de la colonisation.

Nous sommes ici pour vous dire que l’Association des femmes autochtones du Canada, l’organisation nationale qui représente les femmes des Premières Nations, les Métisses et les Inuites de la base, d’un bout à l’autre du pays, et qui défend les droits de ces femmes depuis 47 ans, a élaboré son propre plan d’action national. Nous allons le mettre en œuvre. Ce faisant, en tant qu’organisation, nous allons répondre à plus de 65 des appels à la justice.

Nous annonçons également le plan d’action le plus important et le plus efficace qu’on puisse adopter pour répondre à ces appels, un plan que nous avons déjà mis en œuvre dans une province, ce que nous espérons répéter à travers le pays.

Parce que c’est ce que nos membres veulent que nous fassions. C’est ce que les commissaires de l’Enquête nationale veulent que nous fassions. C’est ce que les femmes autochtones du Canada veulent que nous fassions. Et, le plus important, c’est ce que les familles des victimes et les survivantes de la violence veulent que nous fassions.

Maintenant, vous avez sans doute entendu dire que, jeudi, le gouvernement fédéral annoncera les résultats du travail qui a été fait au cours de l’année qui vient de s’écouler pour établir un Plan d’action national. Comme vous, nous serons extrêmement intéressées à entendre ce qu’ils ont à dire.

Nous espérons que ce qui sera dévoilé au public par le gouvernement plus tard cette semaine est un plan d’action concret pour répondre aux 231 appels à la justice. Nous espérons que nous verrons une liste d’actions chiffrées qui seront prises, dès maintenant, pour contrer la violence qui continue.

Je tiens à souligner que le mot « action » est le mot le plus important dans le titre du plan national d’action. Et nous serons très heureuses de voir le gouvernement s’engager à agir relativement à cette important enjeu, parce que, franchement, nos vies – et celles de nos mères, de nos filles, de nos sœurs et de nos tantes – sont en jeu.

Mais je dois vous dire aussi que l’Association des femmes autochtones du Canada ne sera pas parmi celles et ceux qui se présenteront avec le gouvernement à titre de contributeurs au document qui sera publié.

C’est à notre grand regret que nous avons dû nous retirer du processus qui a mené à sa création.

C’est l’AFAC, après tout, qui avait été la première, avec notre projet de Sœurs par l’esprit, à sonner l’alarme au sujet des femmes autochtones disparues et assassinées. Nous étions à l’avant-garde des appels à la tenue d’une enquête nationale. Nous avons contribué à cette enquête. Et nous avions d’énormes espoirs, lorsque le rapport final a été publié, qu’il allait vraiment y avoir de l’action.

Mais, comme nous l’avons dit la semaine dernière dans une lettre à Carolyn Bennett, la ministre des Relations Couronne-Autochtones, il nous fallait nous retirer respectueusement du travail que faisaient les gouvernements et les autres organisations autochtones.

Nous croyons que l’approche qu’ils prenaient est fondamentalement incorrecte et qu’elle est en contradiction avec les 231 appels à la justice.

Le gouvernement a créé un certain nombre de comités composés de représentants autochtones pour qu’ils contribuent à l’élaboration du plan.

Mais on a refusé à l’AFAC de faire partie de comités de travail clés, où les idées principales du Plan d’action national étaient formulées. On ne nous a pas permis de faire partie des comités des Premières Nations, des Métis, des Inuits, des personnes 2ELGBTQQIA, ni de celui du Cercle des familles et des survivantes, malgré le fait que ces comités traitaient des questions qui sont importantes exactement pour les gens que nous représentons. C’est-à-dire que nous étions exclues des processus décisionnels majeurs qui avaient pour but de créer le plan.

De plus, dans les comités dont on nous permettait de faire partie, nous faisions l’objet de manifestations de violence latérale et d’hostilité. Les choses ont fini par atteindre des niveaux qui nous ont forcées à nous retirer.

Enfin, même si d’autres organisations étaient soutenues financièrement pour accomplir ce travail et participer véritablement au processus du Plan d’action national, l’AFAC n’était pas soutenue financièrement.

Malgré le fait que mettre fin à la violence envers les femmes autochtones est au cœur du mandat de l’AFAC et malgré le fait que nous sommes la voix principale à ce sujet depuis des décennies, il était évident qu’on avait pensé à nous après coup et que nous étions peut-être même considérées comme des intruses, malvenues dans le processus du gouvernement.

Cela dit, nous voulons sincèrement travailler avec le gouvernement et toutes les autres parties, y compris les autres organismes autochtones nationaux, les institutions, les prestataires de services sociaux, l’industrie et toute la population du Canada pour mettre fin à ce génocide.

Et nous avons l’intention de diriger cet effort.

Alors, nous vous annonçons aujourd’hui que nous avons créé notre propre plan d’action, intitulé Nos appels, nos actions. Nous l’avons affiché publiquement sur notre site Web ce matin.

C’est un document proactif que nous avons mis des années à préparer.

C’est un plan créé par des femmes autochtones, pour être mis en œuvre par des femmes autochtones, comme la commission d’enquête le voulait. Il a été élaboré en partenariat avec des proches de victimes et aussi avec nos membres de la base, qui nous ont fait part de leurs priorités quant à la réponse aux 231 appels à la justice.

Le plan trace les grandes lignes de plus de soixante-cinq (65) actions qui seront réalisées, toutes alignées sur ces appels à la justice. C’est un plan axé sur l’action. Il est complètement chiffré. Il est inclusif des besoins des Premières Nations, des Métis, des Inuits et des personnes 2ELGBTQQIA. Et ses objectifs sont mesurables.

Parce que nous avons fait nos devoirs.

Les jours des documents idéalistes et des processus pour établir un plan sont chose du passé. Il est temps de donner suite aux appels à la justice.

Ce plan que nous rendons public aujourd’hui n’est que le début. Il sera mis à jour et révisé constamment pour tenir compte des nouvelles réalités et compréhensions de la violence qui est perpétrée envers les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA autochtones. C’est un document vivant

Au cœur de ce plan, il y a le nouveau Pavillon de résilience, que nous avons construit à Chelsea, au Québec, ainsi que le pavillon de résilience que nous sommes en train de construire au Nouveau-Brunswick et les autres pavillons de résilience que nous espérons construire dans des communautés à travers le Canada.

C’est la partie la plus importante de notre plan d’action.

Les pavillons de résilience sont des lieux de guérison. Ce sont à la fois des centres de prévention et d’intervention, qui offrent du counseling et des services de « navigation et de soutien aux femmes, aux filles et aux personnes de diverses identités de genre autochtones.

Ce sont des lieux où il y aura des programmes de santé et de bien-être, ainsi que des programmes spirituels, et où la culture et la langue peuvent être préservées. Ce sont des lieux sûrs, qui aideront à rendre justice aux familles à qui on a volé leurs êtres les plus précieux.

Et ces pavillons encouragent la résilience économique et l’autonomisation.

Les commissaires de l’Enquête nationale ont dit que la marginalisation économique et sociale est une des quatre voies par lesquelles est maintenue la violence qui cible les femmes autochtones.

Dans les pavillons de résilience, nous bloquons cette voie. Nous administrons des programmes qui ont pour but de fournir aux femmes des Premières Nations, aux Métisses et aux Inuites les connaissances dont elles ont besoin pour trouver de l’emploi ou lancer leur propre entreprise, pour se sortir et sortir leur famille de la pauvreté.

Nous avons déjà facilité virtuellement plus de cent (100) ateliers la plupart basés sur l’expression artistique autochtone, qui apporte guérison et camaraderie tout en enseignant des compétences qui peuvent devenir des sources de revenus.

Et, en dépit du fait que la pandémie de la COVID‑19 a retardé notre capacité à mettre le pavillon de résilience en vigueur complètement, en personne, plus de 5 000 femmes autochtones ont déjà participé à ces ateliers, qui sont présentés en ligne, et des centaines d’autres ont bénéficié en ligne de services et de soutien par des aînées.

C’est pourquoi les pavillons, qui sont fondés sur un modèle autochtone efficace établi au Mexique, sont au cœur de notre plan d’action et pourquoi il doit y en avoir d’autres à travers le Canada.

Cependant, on peut voir en regardant le plan que ce n’est pas la seule mesure que nous avons prise, ou que nous prendrons dans un avenir rapproché, pour répondre à certains des 231 appels à la justice.

De plus, le plan montre que nous faisons aussi du travail de commémoration, ainsi que la promotion d’œuvres artistiques de jeunes femmes autochtones à l’aide de  TikTok.

Et vous pouvez voir que nous avons l’intention d’offrir d’autres programmes au nouveau Centre d’innovation économique et sociale  que l’AFAC lancera sous peu à Gatineau, au Québec, au 120, promenade du Portage. Il est situé directement en face des immeubles qui abritent actuellement les ministères fédéraux Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord, ainsi que Services aux Autochtones. Nous espérons que les gens qui travaillent dans ces ministères visiteront notre café et notre boutique pendant leurs pauses midi; on trouvera dans la boutique des œuvres d’art et d’artisanat de femmes autochtones de différentes régions à travers le Canada et les Amériques. Toutes les recettes de notre modèle d’innovation sociale serviront à l’autonomisation des femmes autochtones.

Nous voulons maintenir les bonnes relations que nous avons eues avec le gouvernement au cours de bientôt cinq décennies. Nous aurons besoin de partenaires pour faire ce travail. Mais nous avons besoin aussi de notre indépendance et nous voulons prendre la direction, pour développer des programmes par des femmes autochtones, pour les femmes autochtones. Nous voulons prendre des mesures qui visent l’autonomisation, comme le préconise la Déclaration des Nations Unies sur les peuples autochtones, pour nous éloigner de la dépendance chronique. Nous voulons un changement en profondeur et la décolonisation, nous en avons besoin.

Notre plan est chiffré à vingt-neuf (29) millions de dollars par année. Vous pouvez voir que le financement actuel est d’un (1) million seulement.

Nous allons demander au gouvernement fédéral une partie de cet argent. Nous demanderons des fonds aussi à d’autres ordres de gouvernement, à des organisations non gouvernementales, ainsi qu’à des fondations et des donateurs privés.

Ces fonds sont nécessaires pour accomplir le travail.

Ce travail se fera en partenariat avec les familles des victimes et aussi avec nos membres de la base et les associations provinciales et territoriales membres de l’AFAC à travers le pays.

Encore une fois, ce plan a été élaboré pour les femmes autochtones, par des femmes autochtones et les actions qui en découlent seront accomplies par des femmes autochtones.

L’intention n’est pas de supplanter ce que le gouvernement fédéral, ou d’autres parties ont l’intention de faire. Il s’agit plutôt de compléter leur travail et que leur travail complète le nôtre.

Nous avons besoin de tous, de tous les ordres de gouvernement, de toutes les Canadiennes et tous les Canadiens pour travailler avec nous, et avec les femmes autochtones de ce pays, pour mettre fin à cette violence.

Et ce travail commence aujourd’hui, parce que le coût de ne rien faire, pour même un jour de plus, est simplement trop élevé. Nous devons protéger la vie des femmes, des filles et des personnes de diverses identités de genre autochtones.

C’est notre responsabilité légale et morale en tant que Canadiens et Canadiennes.

Il faut mettre fin au génocide. Merci.