OTTAWA – L’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC) écrit aujourd’hui au procureur général du Canada pour lui demander de porter des accusations relativement à la mort d’enfants dans les pensionnats autochtones après l’horrible découverte de 751 tombes anonymes au pensionnat de Marieval, près de Saskatoon.

L’AFAC demande que tous les sites d’anciens pensionnats autochtones soient immédiatement déclarés scènes de crimes et que des enquêtes soient menées pour déterminer comment chacun des enfants autochtones enterrés sur ces sites est décédé et qui est responsable de leur mort. De plus, nous demandons que des accusations soient portées contre les personnes encore vivantes qui ont perpétré ces crimes, y compris les membres d’ordres religieux qui dirigeaient ces pensionnats et ceux des gouvernements et des églises dont la complicité est connue.

Le Code criminel du Canada permet de porter de telles accusations contre les gouvernements et les institutions, y compris les églises, dans les cas où ils ont manqué à l’obligation de fournir les nécessités de la vie à des personnes dont ils avaient la garde.

La Commission de vérité et réconciliation a déjà fait enquête sur ces décès. Des témoins oculaires ont confirmé que des actes de violence et de torture ont eu lieu. Au Canada, nous vivons en société de droit. Le droit ne permet pas à ceux qui sont responsables de la mort d’enfants de s’en tirer impunément.

L’AFAC et ses membres, les femmes de la base dans les Premières Nations et chez les Métisses et les Inuites au Canada sont révoltées par la nouvelle de ces 751 sépultures anonymes, tout comme avons été révoltées par la découverte récente d’autres situations semblables dans d’autres pensionnats. Nous pleurons avec les survivantes et survivants de Marieval la mort de leurs compagnes et compagnons de classe dans une institution brutale qui était, comme les autres pensionnats autochtones, un lieu d’oppression créé à des fins d’assimilation.

Nous espérons que la population du Canada est horrifiée par la découverte de ces corps, tout comme l’avons été et nos ancêtres avant nous l’ont été sur des générations par la réalité de ces écoles.

Je vous demande de prendre un moment pour réfléchir à ce que ce serait que de voir des hommes de race et de culture différentes, des hommes qui ne parlent peut-être même pas votre langue, arriver chez vous pour arracher vos enfants de vos bras et les emmener loin, dans une école où ils pourraient être soumis à toutes sortes d’agressions. Je vous demande de réfléchir à ce que vous ressentiriez quand les autres enfants de votre village reviendraient à la maison pour Noël ou à la fin de l’année scolaire, si votre enfant chéri n’était pas parmi eux.

Ce sont les corps de ces enfants qui sont dans ces tombes – les enfants qui ne sont pas revenus à la maison. Nos enfants.

Nous espérons que cette découverte, la dernière en date, comme celles qui l’ont précédée, apportera un peu de réconfort aux parents qui ont passé des décennies à espérer le retour de leurs fils et de leurs filles qui manquaient à l’appel. Beaucoup d’entre eux sont décédés sans savoir comme la vie de leurs petits êtres chers avait pris fin, imaginant seulement que leurs enfants les appelaient en pleurant pendant les dernières minutes et les dernières heures de leur vie.

Mais même si tout cela nous fait pleurer, nous ne pouvons pas prétendre la stupéfaction. Parce que beaucoup parmi nous ont fréquenté ces écoles. Nous avons assisté à ces décès. Et nous avons lu le rapport de la Commission de vérité et réconciliation, où un chapitre entier est consacré aux enfants disparus et aux lieux de sépulture non marqués. Ce rapport dit que, dans certains cas, près de 50 pour cent des élèves qui ont été envoyés dans un pensionnat y sont morts avant d’avoir fini leur scolarité. Murray Sinclair, le commissaire en chef de cette enquête, a estimé à six mille (6 000) le nombre total d’enfants décédés dans ces pensionnats.

Alors, nous sommes soulagées du fait qu’on porte maintenant attention à cette affaire.

Mais, soyons clairs, lorsque Monsieur Sinclair a demandé 1,5 million de dollars à l’ancien gouvernement fédéral conservateur, en 2009, pour repérer l’emplacement de ces lieux de sépulture, sa demande a été refusée. Et même si le gouvernement libéral actuel a attribué la somme de 27 millions de dollars dans son budget de 2019 pour la recherche de ces tombes, très peu de cet argent a été dépensé avant que la population du Canada soit stupéfaite par la découverte de 215 corps à Kamloops, en Colombie-Britannique.

Entre-temps, nous sommes encouragées par l’intérêt qui est exprimé maintenant par un grand nombre de Canadiens et Canadiennes pour les souffrances que les enfants des Premières Nations, les enfants métis et les enfants inuits ont endurées entre les murs de ces institutions de torture et de meurtre administrées par les églises. Le fait que beaucoup disent que cette révélation est troublante nous apporte un peu de réconfort, même si c’est tout sauf une révélation pour les Autochtones.

Nous savons aussi qu’on trouvera encore d’autres corps – beaucoup d’autres.

Nous demandons à la population du Canada d’être aussi révoltée par cette dernière découverte de corps près de Saskatoon, et par les découvertes encore à venir, qu’elle l’a été lorsqu’elle a appris la nouvelle de la situation à Kamloops. Nous demandons aux Canadiennes et aux Canadiens de ne pas devenir insensibles à ces horreurs et à la souffrance de nos enfants, aux expériences que vivent encore tous les jours ceux et celles qui ont survécu. Nous demandons que cette colère et cette révulsion demeurent entières.

Parce que c’est seulement lorsque ces émotions seront partagées par tous ceux et celles qui vivent dans ce pays – les Autochtones et les personnes dont les racines sont dans d’autres continents – que nous pourrons entreprendre le processus de réconciliation.

Mais la réconciliation exige aussi la reddition de comptes. Elle nécessite que les coupables soient traduits en justice. Elle exige que les personnes responsables de la mort de ces milliers d’enfants soient assujetties à toute la rigueur de la loi.

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